Pas-sage ?
Oui, c'est moi.
Deux ans après la première édition des MàD Pourquoi-nous battons-nous ? Caroline Lamarche et Joëlle Sambi, autrices et co-curatrices du festival, transforment l’essai en dépliant en ouverture le mot PAS-SAGE de manière inédite avec les équipes du Théâtre National : « Pas-sage ? Vous avez dit : « passage ? Pas sage ! ». « Oui, c’est ça ! », répondent-elles ! Ne pas rester à sa place, faire passage sans être sage. Pour nous, c’est bien cela dont il s’agit. Lorsque nous avons posé la question – « pas-sage » ? Qu’est-ce que ça vous inspire ? - aux artistes du festival, nous savions que leurs réponses pourraient être « culte » mais nous ignorions à quel point, elles résonneraient. Les MàDien·nes font du bruit !
Tu n’es pas sage ! Une interpellation, une sentence qui pointe un manquement et qui conjointement donne un goût d’aventure. Parce que oui, ne pas rester à une place définie, la remettre en cause, se permettre de désobéir c’est ouvrir de nouvelles perspectives. C’est trouver de nouvelles perceptions, passer outre un monde pré-établi et, par là même, composer un chemin vers d’autres paysages.
Je crois que j’ai été un enfant très (trop) sage, et qu’avec le théâtre comme terrain de jeu, le pas sage a pu finalement s’amuser, déplacer par jeu les cadres, chercher de la dissonance, jouer avec ce qu’il ne faut pas faire, et trouver des passages vers différents états de perception.
— Gweltaz Chauviré et Léo Prud’Homme
Ado, quand j'ai commencé le Hip-hop, on dansait dehors ou dans des salles un peu flinguées, avec même pas de vrais miroirs, juste des films adhésifs qui se déchiraient au fur et à mesure du temps. Un jour, la mairie nous a dit : ok, on vous propose une autre salle. C'était la salle du conservatoire, incroyable, avec du parquet vitrifié, des barres de danse en bois, des miroirs à perte de vue. Nous, on était dingue ! Et juste en passant le seuil de la salle, on entend quelqu'un, horrifié, crier au bout du couloir : et en plus, ils entrent avec leurs baskets ?! C'était la prof de danse classique. J'ai immédiatement regardé dans la salle, il y avait des chaussons dans les coins et du talc au sol. Nous, on était venu comme on était, avec nos baskets sales, prêt·es à marquer la salle de notre pas-sage...
— Aurore Déon
« J/e tairai ton nom adorable. J/e dirai seulement comment tu viens me chercher jusqu’au fond de l’enfer. Tu traverses à la nage la rivière aux eaux boueuses sans redouter les lianes à moitié vivantes les racines, et les serpentes dépourvues d’yeux. Tu chantes sans discontinuer. Les gardiennes des mortes « attendries » referment leurs gueules béantes. Tu obtiens d’elles de m/e ramener jusqu’à la lumière des vivantes à condition de ne pas te retourner sur m/oi pour me regarder. La déambulation le long des souterrains est interminable. J/e vois ton large dos l’un ou l’autre de tes seins quand tes mouvements te montrent de profil, j/e vois tes jambes puissantes et fortes, ton bassin droit, je vois tes cheveux dont la couleur châtaigne m’est si belle à regarder qu’une douleur m/e vient dans m/a poitrine. Pas une fois tu ne te retournes. La puanteur de m/es intestins nous entoure à chacun de m/es mouvements. Tu ne sembles pas t’en apercevoir, tu marches avec détermination m/e donnant à voix haute tous les noms d’amour que tu as eu coutume de m/e donner. De temps en temps m/es bras jaunes et pourris d’où sortent de longs vers te frôlent, quelques-uns rampent sur ton dos, tu frissonnes, j/e vois ta peau se hérisser sur toute la surface de tes épaules. Le long des galeries des sous-sols minés des cryptes des caves des catacombes nous nous déplaçons toi chantant à voix victorieuse la joie de m/e retrouver. M/es seins sont dévorés. J// ai un trou dans la gorge. L’odeur qui sort de m/oi est infecte. Tu ne te bouches pas le nez. Tu ne cries pas d’effroi quand tout m/on corps putrifié et à moitié liquide s’appuie à un moment donné le long de ton dos nu. Pas une fois tu ne te retournes, pas même quand j/e m/e mets à hurler de désespoir les larmes roulant sur m/es joues rongées à te supplier de m/e laisser dans m/a tombe à te décrire avec brutalité m/a décomposition les purulences de m/es yeux de m/on nez de m/a vulve les caries de m/es dents. Tu m//interromps, tu chantes à voix stridente ta certitude de triompher de m/a mort, tu ne tiens pas compte de m/es sanglots, tu m//entraînes jusqu’à la surface de la terre où le soleil est visible. C’est là seulement là au débouché vers les arbres et la forêt que d’un bond tu m/e fais face et c’est vrai qu’en regardant tes yeux, j/e ressuscite à une vitesse prodigieuse », extrait de Le corps lesbien de Monique Wittig
—Adèle Haenel
Dans un sens ou dans l’autre, la vie me traverse. J’en ai fait des enfants, une triade de femmes grandes et libres, puis des livres et parfois un poème qui jaillit vif et or de ma rivière salmigondine. Je suis un lieu de passage où les mères et les femmes ont le droit de pleurer quand les chagrins l’exigent, leurs larmes alors se joignent aux alluvions ou emportent les ponts.
— Eva Kavian
Fuck sous les canons à eau et baiser à plein, manger des trucs gras, regarder 16 épisodes d’une série d’affilé, courir avec le chien au milieu d’une tempête, avoir 6 chiens d’ailleurs, ça fait 6X3 crottes à ramasser par jour, 18 crottes minimum, 126 crottes par semaine, et dépenser 4200 euros pour couper 2 seins, moi je coûte 4200 euros au kg, oublier de manger, oublier de dormir, prendre des anxios, courir jusqu’à vouloir tout gerber par terre, écrire « cul » et « bite » et « bander » et et « pédé·e » et « salope » et « je pense à toi » « tu me manques » « je t’aime » quand on l’a jamais dit ça demande au moins 3 secondes de courage.
— Mag Lévêque
Pas sage.
Ne pas se résigner à rester à notre petite place assignée.
Ne pas continuer à se saigner aux quatre veines.
Désobéir. Quitter le champ de coton.
C’est tout le propos de Pauvre fille !, qui se conclut par une invitation à rester indocile.
À écouter son cœur, mais surtout sa raison, car notre autonomie tient à chaque décision.
— Sara Machine et Julie Lombe
Si “les filles sages vont au paradis”, les lesbiennes vont où elles veulent.
Le projet Archi-lesbiennes* explore la notion de passage comme un mouvement transformateur. Il s’agit d’un passage entre l’ombre et la lumière, du silence imposé à la prise de parole militante. Ce chemin traduit une transformation sociale, intime et politique, que les lesbiennes ont traversée, pas à pas, pour exister, s’affirmer et se mobiliser. Archi-lesbiennes* se donne également pour mission de transmettre cette mémoire fragmentée entre les générations, établissant des ponts, des points de passage, entre des vécus individuels et des luttes collectives. En faisant pas-ser l’histoire des lesbiennes de l’université au théâtre, le projet ne se limite pas à préserver une mémoire : il transforme des récits en une histoire vivante et partagée.
- Mathilde Messina, Valérie Piette, Cécile Vanderpelen-Diagre
Choisir son champ, se mouvoir dans un mouchoir de poche, être raisonnable, disparaitre. Rentrer dans la brique, le ciment, devenir la jointure, espace, froid, humide, polyèdre à inventer. Se dire encore, que plus jamais je ne serais de cell·eux qui se promettent que plus jamais, tout recommencer. Se transgresser, redevenir, passage, coque muraille, chrysalide, papier de soi, s'embrasser, se tenir, les bras, les seins, la chaire, se mordre le dos de la main, étouffer la morale, jouer de l’amour de désirs corail.
— Mel Moya
Pas-Sage ou Passage évoque une réflexion sur les espaces multiples et les identités en mouvement et la transmission. Être une femme noire, pauvre et lesbienne en France, c’est vivre dans des marges que la société tente d’invisibiliser, mais aussi dans des interstices de création et de réinvention. Dans mes récits je parle de ces passages contraints – entre oppression et résilience – mais aussi de « pas-sages », de passage, et de passation des femmes et des minorités de genre, des minoritaires de la minorité qui refusent les assignations. Dans chaque obstacle se cache une traversée, dans chaque stigmate une force. Le pas-sage devient alors une métaphore d’une identité hybride, indomptable, qui fait le choix de s’affirmer envers et contre tout.
— Erika Nomeni
Passer de de l’autre côté
Celui que l’on imagine, que l’on rêve, que l’on espère, que l’on craint parfois..
Et que celui-ci soit lumineux
Chaotique mais lumineux
Un chaos joyeux .. Du meilleur à venir
- Maëlle Poésy
Quand j’étais enfant mes parents disaient que j’étais sage comme une image. Alors toute ma vie j’ai fait de mon mieux pour que mes parents aient raison. Sauf que j’avais tort. Je n’étais pas sage au fond. J’osais juste pas dire qui j’étais tout haut. Ce que j’étais ça collait pas avec la sagesse alors je portais des masques, un sur chaque face. Je me cachais de moi pour qu’on me love à mort. Je le disais à personne pour mettre tout le monde d’accord. Puis je suis passé par le trou de la serrure pour sortir de l’image. Passage d’enfant sage à adulte pas normal, pas dans les normes, pas binaire, pas cis, pas valide. Un tas de nouvelles étiquettes agrafées sur mes poings levés. Je suis devenu un adulte terrible qui désobéit, qui a appris à dire non pour sauver sa vie même si l’amour des autres s’enfuit.
— Bo Rainotte
Le trait d’union. Trait d’union que je vois, que je sens vibrer. Dans ce lieu de passage, je me sens à ma place. Trait d’union rime avec connexion, espace couloir où je me situe. Ce peut- être déconcertant: on ouvre des portes, mais parfois certains des soi-disant sages des deux côtés brisent tout lien, vous marchent sur la tête. Rafale glacée. Le vent s’engouffre, le couloir est envahi de courants d’air. Mauvais moments. Ebranlement du trait d’union, mais il est toujours là, enchassé dans du béton. Revient le temps de cet air doux et chaud qui fait chavirer nos cœurs, ouvrir grand nos yeux, chanter les zamitiés, des bras qui s’ouvrent, qui serrent, torse contre torse, poings levés, poings croisés. Heureuse d’aimer vos sourires, vos regards colère, les flammes de nos yeux, l’incandescence de nos désirs, nos espaces enflammés de joie, affamés de futurs, incrustant des utopies dans nos peaux. Soyons là, ensemble, dans ce passage pas-sage.
- Suzette Robichon
PAS-SAGE / PASSAGE.
La culture dite populaire m’a beaucoup accompagnée dans mon chemin vers moi même.
« Good girl gone bad » est le deuxième de Rihanna.
Selon Wikipedia « Le choix du titre Good Girl Gone Bad traduit le besoin de la chanteuse de s’affirmer en tant que femme indépendante, sexy et fière qui n’a pas peur de prendre des risques et de tenter sa chance. »
La chanteuse M.I.A scande « Live fast, die Young, bad girl doing well »
Et pour finir mon premier psy me disait « Pour avancer, il va falloir arrêter d’être une gentille fille »
Il semblerait donc que pour s’élever, se révéler il fallait que je passe par une étape où je sorte de ma case de fille sage, de fille gentille qui contente toustes.
Que me choisir moi et ma vie me faisaient aussi parfois passer pour une personne pas sage.
La sagesse m’évoque aussi le fait d’être mesurée et que dans certains passages, il est bon de ne pas être sage, de casser les cases, les attendus et foncer et casser la glace (breaking the dishes comme le dit Rihanna !)
- Anturia Soilihi
Où sont-ils ? Où sont-il nos rituels de passage à l’âge adulte ? Ils ne sont plus, ont-ils déjà été de ce côté de la frontière ? Comment savons-nous que nous sommes adultes, qui pour nous dire ? Sans cela nous resterons des enfants pas sages et nous aimerons ça, loin des adultes et de leur vie de discorde.
Ça y est ! J’ai dompté mon émotivité, il m’arrive même de pleurer pour l’un de mes semblables. Ça y est j’ai apaisé mon enfant pas sage, il est temps de se mettre à écrire, temps de pardonner aux innocents, temps de franchir le frontière, temps de leur dire haut et fort le sens de Liberté. Allez ! Va ! Maîtrise ta peur, écris la vérité.
- Krzysztof Styczynski
Pourquoi appuyer le Syndicat des immenses ? Le sans-chez-soirisme accomplit le génotype de l’exclusion ! = Pourquoi Appuyer le Syndicat des immenses ? Le Sans-chez-soirisme Accomplit le Génotype de l’Exclusion ! = P.A.S. ? S.A.G.E. ! = PAS ? SAGE ! = Pas ? Sage ! = Pas Sage = Pas-sage = CQFD = Ce Que Facilite DoucheFLUX. Merci.
- Laurent d’Ursel
« Pas-sage »: le trait d’union allonge le mot. Oui, quel temps et quelle énergie pour traverser ! Du rêve au désir, puis du désir à l’action. Quitter l’obéissance de l’enfance et de l’adolescence, si longue, si sage ! S'arracher aux projections qui vous engluent. S’affranchir des injonctions, vigoureuses et multiples, pour tracer ses bifurcations intimes et accéder enfin à son propre désir !
« Passages » en un mot et au pluriel. C’est la joie des sillons creusés, jour après jour, dans la vie et sur les plateaux pour créer des spectacles vivants résolument hybrides, qui s’originent dans la musique et dans le son, et tentent de faire société autour d’éléments très premiers que nous partageons tous.tes. Qui m’appelle ? - comme tout mon travail - explore les passages : entre le corps et le son, entre la musique et le théâtre, entre la voix parlée et la voix chantée, entre la dramaturgie de nos prénoms et de nos noms et leur musicalité, entre la parole documentaire et la parole poétique, entre la composition et l‘improvisation, entre le singulier et le collectif, entre les spectateurices et les performeur.es tou.tes réuni.es dans une grande proximité, entre la représentation et la célébration païenne, entre le spectacle et la fête, entre la scène et la transe !
« Pas sages » en deux mots et sans trait d’union. Dans les temps politiques et géo politiques que nous vivons, ce sont les enjambées, amples et vives, empreintes de réflexion, d’audace et d’éthique que nous devons accomplir pour coconstruire un monde commun désirable, dont l’humain est la boussole.
- Maguelone Vidal
Pas-sage, c'est à pas pas sages, sages pas, que mes pieds nus gravissent le tronc de l'épineux pour rejoindre la canopée des grands arbres, et par-delà, le ciel et son mur invisible -et si le ciel était fini-. Pas-sage, c'est l'envol du colibri goinfré de nectar qui ira cuver son vin dans l'alcôve du nénuphar. Pas-sage, c'est l'impermanence du sang, le chaud-froid de ton haleine, la mue de l'âme dans la nuit sombre étroite.
Pas-sage, c'est de la poésie au bout des tétons.
- Isabelle Wéry
C’est marrant, c’est le nom d’un film avec Adèle Exarchopoulos que j’adore, Erwan Kepoa Falé et Franz Rogowski, entre-autres. Pas-sage avec ou sans traits d’union me renvoie à plusieurs réflexions. Si on se concentre sur le trait d’union, j’aime beaucoup comment ce petit signe peut être vecteur de petite cassure, de balafre, tout en symbolisant la jonction. C’est un peu comme les ruptures qu’elles soient momentanées ou définitives. Le changement est une rupture comme une autre, parfois il bouleverse autant qu’un mini chaos, mais il annonce aussi l’avènement d’un renouveau. Pas-sage, antinomie du calme et de la tranquillité, synonyme de perturbation et de turbulences, comme certaines zones aériennes traversées par des avions long-courriers. Le trouble avant la quiétude ? Passage, Pas-sage, segmenté et considéré comme un mot vertébré ou non, renferme finalement des réalités qui se correspondent : le changement peut faire peur car il arrive parfois en sacrifiant l’accalmie. Il est annoncé par la rupture, le chaos, autant de bouleversements qui font désordre et nous coûtent mais nous déplacent inévitablement.
- Raïssa Yowali
Propos recueillis par Sylvia Botella